Cogit'Art

 

L'immense Shéhérazade 

 

 

Ci-après, le brouillon de ce que je lis dans cet épisode. Brut de décoffrage, avec probablement des fautes d'orthographe...

 

 

Dans ce 2è épisode de Cogit’art, je souhaitais parler de Shéhérazade, dans les contes des 1001 nuits. Ce que j’ai à en dire n’est pas forcément très original, mais je tenais à rendre hommage à mon personnage fictif préféré, que je trouve le plus inspirant. Et cela constituera un bon premier volet, d’une série de trois podcast tournant autour de l’intérêt de l’art.

Je précise que je n’ai lu que la version d’Antoine Galland, décriée par les puristes ; mais qui, de par son accessibilité, reste probablement la plus répandue, et donc la plus présente dans la culture des gens.

 

Je vais vous résumer très brièvement l’histoire cadre. Le sultan Shariar, cocu et désireux de ne plus jamais l’être, se donne pour règle de vie d’épouser chaque jour une nouvelle femme, et de la faire systématiquement tuer le lendemain ; afin qu’elle n’ait pas le temps de le tromper. Il mandate donc son vizir de lui trouver chaque jour une nouvelle femme. Ainsi, quotidiennement, une jeune femme a priori innocente est tuée. Désireuse de stopper ce massacre, Shéhérazade, fille du vizir, implore son père de la présenter au sultan pour l’épouser. En effet, elle a son plan en tête, que vous connaissez probablement tous. Elle va commencer à raconter une histoire au sultan, qui, désireux d’en connaître la suite, va reporter l’exécution de Shéhérazade au jour suivant. Et ce de jours en jours.

 

Évidemment, le courage et la droiture morale de Shéhérazade sont particulièrement remarquables. En effet, de par sa position de fille du vizir, c’était probablement une des rares jeunes femmes qui n’avait pas à craindre pour sa vie. Mais au lieu de s’éloigner de l’orage, elle va délibérément s’y engouffrer, dans le but de le stopper. Un personnage qui ose agir pour ce qui est juste, et ce au péril de sa vie. On peut d’ailleurs y voir une sorte de « noblesse oblige », que j’ai toujours trouvé assez beau. D’ailleurs, on suppose qu’un bon socle des milles et nuits est issu de récits destinés à l’éducation des princes, même si il y a des contes dont la morale me parle plus que d’autres.

Mais, comme je l’évoquerai encore dans un podcast à venir ; oser agir pour ce qui est juste, en dépit des risques encourus, c’est somme toute « courant » dans les fictions. C’est ce qui fait les héros et qui fait d’eux des modèles inspirants.

 

Il y a cependant deux éléments qui rendent l’héroïsme de Shéhérazade excessivement délicieux.

Le premier, c’est ce côté particulièrement subtil et surtout bienveillant. Face à une injustice, on pourrait être tenté de s’opposer frontalement. Par la dénonciation et le combat. Shéhérazade ne tombe jamais là-dedans. Elle épouse son antagoniste, pour en faire une meilleure personne. À aucun moment, elle ne souhaite sa chute. Elle ne cherche pas à le vaincre, elle cherche à l’apaiser. J’ai toujours eu une certaine admiration et fascination pour Gandhi, assorti cependant d’une certaine gêne. L’impression qu’il était peut-être trop extrême, à tel point que ça devient parfois invraisemblable. Je ne peux pas m’imaginer me « laisser faire » à ce point. Du coup, paradoxalement, je trouve Shéhérazade plus vraisemblable, une sorte de « Gandhi réaliste ». Une Gandhi dont je pourrais concevoir suivre l’exemple en pratique. Une Gandhi qui n’a pas à subir ou encaisser, puisqu’elle a su se placer au bon endroit.

Mais l’élément le plus délicieux, et probablement moins vraisemblable ; c’est la façon dont elle parvient à ses fins. En racontant des histoires.

 

Ah, que j’aurais aimé que Shéhérazade fut réelle ! Quelqu’un qui parvient, grâce aux arts, à sauver les vies de tant d’innocentes. Sans avoir même à s’opposer à l’antagoniste. Pour tous ceux qui se sentent artistes dans l’âme, c’est juste une apothéose. Comment pourrait-on trouver personnage plus inspirant ? Faire le bien, en faisant de l’art…

Mais Shéhérazade n’est pas réelle, malheureusement. Ce ne sera pas le contre-exemple qu’on pourra dégainer à chaque fois qu’on nous dira que l’art est un pur luxe, une futilité, un divertissement somme toute inutile pour le développement de l’humanité…

 

Shéhérazade restera donc une légende, qui fait rêver les penseurs, mais restera sans effet sur les soldats du Concret, qui ne jugent que sous le prisme de l’utilité. Tant pis. Ou tant mieux ? Qui sait…

Cependant… Shéhérazade est-elle si irréelle que ça ? Ne serait-ce pas finalement l’allégorie d’un phénomène bien réel ? Celle de l’influence de la culture sur les mentalités ?

 

Je reviendrai sur ce point dans les Cogit’art à suivre, traitant du film Inception ainsi que de Bette Porter dans la série The L word. Mais en attendant, je souhaitais d’abord dire tout le bien que je pensais de ce personnage absolument merveilleux, parfait et inspirant qu’est Shéhérazade. La consécration de l’art et de la fiction.