Cogit'Art

 

La monstrueuse Bette Porter de The L Word 

 

 

Ci-après, le brouillon de ce que je lis dans cet épisode. Brut de décoffrage, avec probablement des fautes d'orthographe...

 

 

  Dans ce 3è épisode de Cogit’art, je vais parler de Bette Porter dans The L Word, et plus spécifiquement d’un dialogue avec Tina Kennard. Et je prononcerai son prénom Bette, parce que Betty, j’ai vraiment du mal.

 

  Je vais brièvement vous donner le contexte, tel que je m’en souviens, avec peut-être quelques erreurs ou imprécisions. Bette travaille pour un musée, qui dépend grandement du financement de mécènes, notamment de la fondation Peabody. Sa compagne puis ex-compagne, Tina Kennard, travaille pour une association caritative qui vient en aide à des enfants. Cette année-là cette association obtient une subvention de la fondation Peabody, tandis que le musée de Bette, lui, n’en obtient pas. Elles ont alors cet échange qui m’aura profondément marqué. Bette se plaint de la situation, arguant que l’art est quelque chose d’important. Tina rétorque que ce qu’elle fait avec les enfants est important aussi. Bette la coupe sèchement d’un « mais tu voudrais qu’ils vivent dans un monde sans art ? »

 

  Je me souviens que la première fois que j’avais vu ce passage, j’avais trouvé Bette complètement allumée et égocentrique. Trouver plus important l’art qu’une association caritative qui vient en aide à des enfants, qui potentiellement leur sauve la vie. En fait, il y avait même là un effet assez comique.

 

  Il faut noter que The L word avait représenté un gros morceau de mon adolescence. Mais ce n’est pas le genre de série que j’avais forcément envie de revoir. Ainsi, pendant longtemps, je n’y repensais plus. Jusqu’à ce que, relativement récemment, je revisionne les DVD que j’avais acheté à l’époque, et qui avaient intrigué ma compagne.

  C’est un peu comme ça que je réalisais que mine de rien, cette série avait eu une certaine influence sur moi, bien au-delà de ce que j’aurais pu penser.

  En fait, quand je me perds dans des questions existentielles, sur l’intérêt de l’humanité ; ou sur l’intérêt de la morale… J’en reviens souvent à l’art. En fait, je suis devenu une sorte Bette Porter.

 

  À l’époque, comparer l’importance de l’art à la douleur voire la mort d’enfant, cela me semblait insensé. Mais aujourd’hui… L’écologie a complètement bouleversé mes valeurs morales. Je suis assez convaincu que sans une rapide décroissance démographique, la planète court à sa perte. C’est une des conditions nécessaires pour limiter la casse. Certains écologistes prétendront que si on réduit assez notre consommation, on peut s’en sortir. Mais… À quel prix ? Réduire jusqu’où ? À quoi bon s’en sortir, si c’est pour retourner à l’âge de pierre ? Est-ce qu’une existence visant uniquement à la survie de l’espèce aurait un quelconque intérêt ? Est-ce que la survie de l’humanité a un quelconque intérêt ?

 

  Quand je me pose cette question, je n’ai qu’un seul argument pour me convaincre que oui. L’art. L’art en vaut la peine, et justifie donc qu’on préserve l’humanité.

  Évidemment, c’est quelque chose de très personnel. Certains préféreront répondre que la science a un intérêt. Je peux le concevoir. Par contre, j’ai beaucoup de peine à voir un intérêt dans la survie de l’humanité juste en elle-même, pour elle-même. Si elle survit sans rien faire d’autre, à quoi bon ?

  C’est une position un peu extrême. Je me demande combien de gens la partage. Bette Porter, probablement. Mais au-delà ? Je ne sais pas.

 

  Je me demande aussi à quel point ce dialogue avec Tina Kennard a pu m’influencer, directement ou indirectement. Il y a souvent des influences subtiles, à un tel point qu’on ne sait plus ce qui a précédé quoi. C’est d’ailleurs, à mon sens, un des grands messages du film Inception, sur lequel je reviendrai dans le Cogit’art suivant.

  Ce dont je suis sûr, c’est que l’influence sur moi de The L word aura été bien réel, en tout cas dans ma manière de concevoir le plaisir féminin, complètement marquée par les compétences de Shane.

 

  Et par ailleurs quand je réfléchis à ma propre morale, mes propres valeurs… Elles ne sont pas identique à celles de mes parents, même si leur éducation a évidemment eu une importance. Mes enseignants aussi y auront joué un certain rôle. Mais il y a également, tous les films, séries et dessins animés que j’ai pu voir. Même une simple happy end, où les gentils gagnent, me poussent d’une certaine manière, à vouloir faire partie des gentils.

  Et c’est pour ça que je me suis lancé dans ces podcasts. Je pense que les fictions, ou l’art en général, ont une importance énorme sur les personnes que nous sommes, sur nos valeurs, nos manières de raisonner. Autrement dit, Shéhérazade n’est pas si irréelle que ça, finalement. J’en suis convaincu.

  C’est pourquoi j’avais envie de discuter art, culture, qu’elle soit populaire ou un peu plus élitiste. Avec mes propres réflexions, qui valent ce qu’elles valent ; mais que j’avais envie de partager.

 

  Oui, j’ai mis du temps à te comprendre, Bette Porter. Mais aujourd’hui, je me rends compte que je suis fichtrement d’accord avec toi.