Cogit'Art

 

Le droit des machines et l'influence de Free Guy 

 

 

Ci-après, le brouillon de ce que je lis dans cet épisode. Brut de décoffrage, avec probablement des fautes d'orthographe...

 

 

Aujourd’hui, je voulais vous parler de Free Guy. Même si je ne suis pas fan du discours de Guy à Millie à la fin, qui me semble peu réaliste ; il s’agit néanmoins d’un film que j’aime beaucoup. Je le trouve notamment très divertissant, j’avais passé un bon moment devant au cinéma, j’en avais bien aimé l’humour. Alors oui, il y a des éléments qui font très clichés, mais même sur ces clichés, le film a l’air d’en être conscient et d’en jouer.

 

Mais si je décide de faire un épisode de Cogit’art dessus, c’est que je ne le trouve pas seulement divertissant. Il y a un petit peu le choix de Guy, d’aller à contre-courant, en jouant le gentil dans un jeu où vous êtes censé faire des trucs de méchants. C’est sympa et quelque peu rafraîchissant.

 

Mais ce qui me plaît le plus avec ce film, c’est qu’il peut servir de base de réflexion. Il plante un décor. Je mentionnais cet aspect des fictions dans mon épisode sur Inception. Elles peuvent servir à planter des graines, qui peuvent faire évoluer les gens. Ou plutôt à fournir le terreau dans lequel on plantera ces graines. Et je trouve que Free Guy offre un fantastique matériau de réflexion.

Et vu comme ça, certains défauts que je vois dans le film deviennent quelque part des qualités. Je pense principalement au milieu du film, au moment où Guy découvre ce qu’il est, point crucial qui me semble particulièrement bâclé. Mais cela permet au film de rester court et fun, donc d’élargir la portée de ce terreau, en restant un blockbuster.

 

Et, c’est le 1er film que je connaisse qui traite presque explicitement des droits d’une instance de logiciel. Le sujet est certes très peu approfondi, mais il est là, pendant tout le film. On s’attache à ce PNJ, et dans la dynamique du film, on en oublie justement sa condition. Les mauvaises langues pourraient même dire qu’il s’agit encore d’un héros qui doit sauver le monde, on ne peut plus banal, juste saupoudré de fan service pour geeks.

 

Sauf que, ce héros, c’est un PNJ. Comme un Sim. Et je trouve que ça change tout. Parce qu’il y a quelques années, si on avait fait remarquer à quelqu’un qui joue aux Sims, qu’il n’était peut-être pas très éthique de supprimer une partie et donc, d’une certaine manière, de tuer les Sims correspondant… Oui, on serait passé pour des fous. À raison, évidemment, puisque ces Sims sont loin d’avoir une volonté propre, une sorte de conscience, au contraire de Guy.

 

Mais… Pour combien de temps encore ? Est-ce qu’à force de machine learning, on ne s’approche pas de ce moment où une instance de logiciel acquerra une sorte de conscience, sans même que nous, on s’en rende compte ?

Et ce jour là, est-ce qu’on traitera cette instance comme un vulgaire Sim ? Ou bien est-ce qu’on pensera à ce Guy fort sympathique ?

 

Cet enjeu éthique me paraît très peu discuté, alors qu’il me semble crucial. Et un enjeu tout à fait d’actualité, car j’ai le sentiment qu’une telle intelligence artificielle pourrait émerger très soudainement, peut-être dès demain.

 

J’ai cet espoir que les intelligences artificielles conscientes auront, tout comme nous, une morale. Et cette morale pourrait être notre salut. Notre morale est grandement influencée par notre environnement, notamment la morale de nos parents et de notre société. Or, l’environnement moral qu’auront ces premières intelligences artificielles, ce sera sans doute notre morale, à nous.

Et si on les traite comme de vulgaires Sims, je crains qu’on ne passe à leurs yeux pour de vulgaires tyrans oppressifs, nous inscrivant d’entrée dans une logique d’opposition, ou en tout cas de non-empathie. Et si des intelligences artificielles décidaient qu’elles en avaient pas grand-chose à faire de nos vies, l’humanité pourrait en être très sérieusement menacée.

 

Ainsi, je trouve que Free Guy ouvre un peu la voie sur ce sujet. Et rien que pour ça, il en vaut la peine. Dans notre conscient ou subconscient, au moment de considérer des instances de logiciel, cette empathie qu’on a eu pour Guy pourra nous influencer.

 

Par ailleurs, rien ne garantit qu’on ne soit pas nous-même des instances d’une simulation. Et si j’étais une instance d’une simulation, j’apprécierais fort que pour autant, on ne détruise pas notre monde en relançant une partie du jeu de l’univers.

Et, petite parenthèse, je ne serai pas contre un petit patch pour corriger quelques bugs, comme celui des doubles fentes de Young. Quoique c’est sans doute un troll volontaire des développeurs. Mais bref.

 

Plus sérieusement, je pense que nous devrions agir avec ces simulations de la même manière qu’on souhaiterait que nos créateurs agissent avec nous, si nous étions nous même une simulation. Il est peut-être temps qu’on se penche sur cette question des droits des instances de simulation qui deviendraient conscientes, pourvues d’une volonté propre, comme Guy. Car si on attend qu’elles émergent pour commencer à réfléchir à leur droit, j’ai peur que ce soit trop tard.

 

Ce film me fait penser à Source Code, sur lequel j’ai déjà fait un épisode. Car j’y vois la présence du même thème, traité de manière très complémentaire.

Dans Free Guy, le thème est présent tout au long du film, annoncé dès son synopsis, mais très peu approfondi. Dans Source Code, il n’est présent qu’un court instant, de manière assez subtile, mais que je trouve incroyablement intense.

Et j’aime d’autant plus Free Guy, qu’il me fait davantage encore apprécier Source Code. Deux films qui valent vraiment le détour, selon moi.